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30/05/2011

"J'ai envie de travailler avec eux"

Le nouveau président de France Initiative, Louis Schweitzer, élu à l’issue de l’Assemblée générale du 3 mai, livre ses impressions et sa première vision du mouvement.

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Quelles raisons vous ont incité à accepter la proposition de France Initiative ?
Louis Schweitzer : Bernard Brunhes est quelqu’un que je connais bien, pour qui j’ai amitié, respect et admiration. L’idée de prendre son relais a constitué évidemment un préjugé favorable. Je ne connaissais pas jusqu’à présent France Initiative, mais je suis familier des actions qui sont engagées pour aider les gens à créer leur entreprise. Chez Renault, nous avions une certaine expérience de l’appui à la création d’entreprise, dans un cadre plus limité certes, qui consistait à aider des salariés à devenir agent Renault. Une agence, c’est une petite entreprise familiale, portée le plus souvent par le seul chef d’entreprise et éventuellement son conjoint qui l’épaule. Il y avait des réussites remarquables, mais aussi des échecs. Parmi les facteurs de réussite ou d’échec, j’ai constaté que certains pouvaient être liés à la personne, d’autres à l’appui. Le rôle d’un mouvement comme le nôtre est essentiel. Créer une entreprise est une extraordinaire façon de trouver sa place et de développer ses capacités au sein de la société. Mais je sais que, si pour certains les portes sont ouvertes, pour d’autres, elles ne le sont pas. Je suis aussi convaincu que la création d’entreprise est une initiative à haut risque et qu’il y a une solitude de celui qui créé son entreprise : apporter un soutien à ce moment là, non seulement financier mais aussi humain, me paraît décisif. L’échec dans de telles circonstances peut avoir des conséquences graves. L’appui que nous apportons est donc à la fois très important et très positif.

Y a-t-il un élément en particulier qui vous a décidé ?
J’ai été frappé par le fait que France Initiative ait grandi de façon vigoureuse au cours des dernières années sans remettre en cause ce qui fait sa force depuis l’origine du mouvement. Cela me paraît très remarquable. Quand on a une telle croissance, le risque existe toujours de s’éloigner des fondamentaux ou de perdre ce qui fonde la solidité. Or, quand on regarde le taux de remboursement des prêts d’honneur ou la dynamique propre au réseau, on voit bien que les principes fondateurs sont toujours vivants. Ce qui a fini de me convaincre, c’est la visite que j’ai faite à Versant Nord-Est Initiative, la plateforme de Roubaix. Ce moment a été très important. Jean-Pierre Worms m’avait prévenu : « Cette plateforme représente bien la réalité de France Initiative. » J’ai rencontré des gens bien, compétents et engagés, aussi bien des bénévoles que des salariés. Et je me suis dit : « J’ai envie d’apprendre d’eux et de les aider dans la mesure de mes moyens. J’ai envie de travailler avec eux. » J’ai eu la même impression en rencontrant l’équipe nationale, brièvement sans doute, mais en parlant à tous ceux qui étaient présents le jour de ma visite.

Comment voyez-vous votre engagement personnel au sein de ce mouvement ?
J’ai eu plusieurs vies, une vie de fonctionnaire, une vie dans une grande entreprise, puis en 2005, j’ai décidé de prendre du champ par rapport à Renault. À ce moment-là, je me suis engagé dans une activité d’intérêt général qui n’était pas portée par une association, mais par la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, la Halde. C’est une action à laquelle je croyais et à laquelle je crois toujours, comme je crois à celle de France Initiative. Sans faire un discours sur les discriminations et pour l’égalité, cela fait partie de mes convictions fortes. J’étais convaincu – cela peut paraître orgueilleux – que je pouvais aider à faire avancer les choses. Ces engagements participent d’une conviction plus générale. On parle toujours du rallongement de la vie sans pour autant que la frontière de la vie professionnelle ne recule. Cela ouvre en conséquence un champ dans lequel on peut mettre toute son expérience de l’entreprise au service des causes auxquelles on croit. La Halde a été une extraordinaire opportunité pour moi. France Initiative en est une autre. D’autres pays sont plus avancés que nous dans cette capacité d’utiliser les expériences accumulées durant la vie professionnelle dans de nouveaux domaines. Parmi les 14 500 bénévoles qui sont engagés dans France Initiative, certains sont encore en pleine activité, mais beaucoup sont dans la même situation que moi : ils ont eu une vie très active en entreprise et ils ont envie de faire bénéficier d’autres des acquis de leur expérience et de leur vitalité intacte.

Comment l’ancien patron d’un groupe international voit-il la création de très petites entreprises dans les territoires ?
Il y a des pays où les grandes entreprises nourrissent les petites. C’est moins la tradition en France. Cela explique peut-être que notre réseau de petites et moyennes entreprises soit moins puissant que celui qui existe en Allemagne où cette idée est plus développée. Cela dit, Renault n’est pas seulement une entreprise de fabrication d’automobiles, c’est aussi la tête de réseau d’entreprises commerciales, avec un réseau primaire, celui des concessionnaires, qui sont d’assez grosses entreprises (50 ou 60 salariés au minimum), et un réseau secondaire, constitué de très petites entreprises, les 15 000 agents. Renault s’appuie sur ce réseau très vivant de petites et moyennes entreprises, toutes localisées près du client. L’importance de la proximité n’est pas une découverte pour moi. Nous avions aussi des liens avec les mécaniciens-réparateurs automobiles multimarques, de très petites entreprises indépendantes qui n’avaient pas l’aile protectrice d’une marque pour les soutenir.
Dans toute grande entreprise, on parle de localisations ou de délocalisations. Mais le centre reste le client. Renault a des clients dans beaucoup de pays, mais nous devions être très proches de nos clients en France. Quand nous analysions nos avantages concurrentiels, la proximité était l’un des plus importants. Elle me paraît tout autant essentielle dans l’action que nous menons à France Initiative.

Et comment l’ancien président de la Halde analyse-t-il le problème de l’accès à l’entrepreneuriat ?
À la Halde, j’avais été frappé par le fait que la création d’entreprise était souvent une façon de dépasser des discriminations subies dans le travail salarié. Sans généraliser, il existe, dans le travail salarié, des situations dans lesquelles l’importance accordée aux habitudes, aux codes, aux réseaux fait que celui qui n’a pas les mêmes habitudes, les mêmes réseaux ou les mêmes codes, a un handicap ou rencontre une difficulté d’accès. J’ai découvert que la création d’entreprise pouvait être un domaine d’égalité des chances. Pour créer, il faut du talent, de la détermination, mais il faut aussi un appui, financier et humain. La volonté et le talent, on les trouve partout. Mais pour ce qui est de l’appui humain et financier, on peut retrouver l’inégalité des chances. Il y a ceux qui connaissent des gens qui peuvent les aider, qui accèdent facilement au crédit ou qui ont un patrimoine au départ. Et il y a ceux qui n’ont pas tout cela. C’est là qu’on retrouve la raison d’être de France Initiative. J’ai aussi fait un autre constat à la Halde : le frein à l’ascension est très souvent l’autocensure. Les gens se disent : « Je n’y arriverai pas. » C’est là qu’il est essentiel d’assurer que les exemples de réussite sont nombreux et que France Initiative démontre en permanence que, lorsque notre mouvement appuie la création d’entreprises, leur taux de survie est beaucoup plus élevé.

Quelle est la première vision du mouvement qui se dégage ?
Après la visite d’une plateforme et de la tête de réseau, après quelques heures de conversation, la lecture du livre de Bernard Brunhes et de deux rapports annuels, il faut évidemment se garder de conclusions générales. Ce qui me frappe le plus, c’est la disproportion entre l’importance de ce que fait France Initiative et sa notoriété. Moi-même, je ne connaissais pas France Initiative. Il ne s’agit pas de faire de la publicité pour le plaisir d’en faire, mais pour tout mouvement, pour toute initiative, pour toute institution qui accueille des gens, le fait d’être connu, d’avoir une notoriété, d’avoir une réputation d’efficacité est essentiel. Je le vois dans le commerce automobile. Si votre voiture n’est pas bonne, vous ne la vendrez pas. Mais si votre marque n’est pas connue, les gens ne viendront pas l’essayer. Il est vital qu’elle le soit.

Quelles sont vos premières priorités ?
Mon premier temps sera celui de l’apprentissage. France Initiative est un mouvement qui marche bien, qui connaît une croissance vigoureuse, qui a des instances qui fonctionnent bien, tant au niveau régional qu’au niveau national, des équipes composées d’environ 650 salariés mobilisés, des bénévoles très engagés. Il n’y a donc pas urgence à ce que j’imprime ma marque. Nous ne sommes pas une entreprise en difficulté, nous sommes bien au contraire un mouvement très dynamique. Je veux d’abord connaître mieux France Initiative. Je découvrirai sans doute des forces que je ne mesure pas encore et des possibilités de progrès que je ne peux pas évaluer aujourd’hui. Je décèlerai peut-être des opportunités de dynamiques supplémentaires. Je sais l’importance des appuis institutionnels et des partenariats dont bénéficie France Initiative. Il faut consolider ceux qui existent. Sans doute des possibilités de partenariats supplémentaires ou de renforcement des partenariats existants apparaîtront-elles. Ma volonté de départ est donc d’abord d’apprendre et, au cours de cet apprentissage, de voir là où je peux faire que la dynamique et la réussite actuelles se renforcent et s’accroissent. 
Retrouvez cette interview dans le numéro 162 de la Lettre France Initiative de mai 2011 , en cliquant ici.

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