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décembre 2018 – n

o 

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éclairer et les soutenir ».

Cet encadrement resserré, les chefs

d'entreprises issus des zones difficiles le plébiscitent.

« Pour

qu'un projet réussisse, il faut de la confiance, se sentir sécurisé

et bien préparé. On a besoin d'être entouré de professionnels

pour nous accompagner à toutes les étapes de la création »,

insiste Julian Fernando.

Pour répondre aux spécificités locales, les plateformes

Initiative adaptent leur mode d’accompagnement de la

personne, voire d’approche d’un projet. En revanche, pas

question de se montrer moins exigeant sur les chances de

réussite. En comité d’agrément, les dossiers sont étudiés

avec la même rigueur. Ce que les entrepreneurs apprécient.

À l'image de Bilal Irbaiyne, un jeune de 26 ans qui a grandi

dans un quartier difficile de Sorgues (Vaucluse) où il a créé

en 2014 sa première entreprise de transport de colis.

« Les

experts sont bienveillants, mais pas complaisants. Ils posent

de vraies questions, pertinentes, ils veulent s'assurer que vous

maîtrisez votre sujet,

témoigne-t-il.

C'est plaisant d'être pris au

sérieux. Surtout quand, au final, on valide votre projet. C'était la

première fois qu'une institution me faisait confiance. »

Le prêt d'honneur de 4 000 euros accordé par Initiative

Terre de Vaucluse marque le début d'une success story.

Aujourd'hui, Bilal Irbaiyne dirige une société de transport et

une autre de location de véhicules utilitaires. Il vient aussi

d'ouvrir un café, avec un ami, dans le centre commercial Car-

refour d'Avignon. Entrepreneur ambitieux, il a créé 49 emplois

sur son territoire !

La clé, un travail de terrain

Le nerf de la guerre pour développer l'entrepreneuriat

dans les quartiers ? Y être présent, ou tout au moins se

faire connaître des structures et des acteurs locaux. Dans

le Val-d'Oise, quatre des cinq antennes d'Initiactive 95 sont

implantées dans des QPV. Et la plateforme participe aux

tournées du « Bus de l'initiative », un véhicule appartenant

à une association locale qui sillonne le département pour

aller à la rencontre de ses habitants.

« L'ancrage, le maillage

territorial, c'est la clé. Pour s'adresser aux acteurs des quartiers,

il faut parler le même langage qu'eux, connaître leur histoire,

partager leur vie »,

affirme Cyril Baraban, le directeur d'Ini-

tiative 95. Résultat, en 2018, la plateforme a financé une

cinquantaine de projets portés par des habitants de QPV

ou implantés dans ces territoires. Ce qui représente près du

quart de son activité.

Parmi ces entrepreneurs, Laura Melloul. Une jeune femme

de 32 ans, diplômée d'une école de commerce qui, après

Christophe Tran, 36 ans,

créateur de

Seniorprive.fr

(Roubaix - 59)

ossier

J'ai travaillé 12 ans chez Damart. Comme je suis

autodidacte, sans aucun diplôme, j'ai commencé

en bas de l'échelle. Mon profil, c'est plutôt celui

d'un développeur que d'un entrepreneur.

Mais j'avais envie de me lancer dans la création

d'entreprise, en profitant de mon expérience.

Pour concrétiser mon projet de site de e-commerce

destiné aux séniors, j'ai été accompagné

par l'incubateur Blanchemaille, à Roubaix, la ville

où j'habite depuis l'âge de 10 ans. C'est là

que l’on m'a parlé d'Initiative Lille Métropole Nord.

L’accompagnement proposé par cette structure

est allé bien au-delà du financement. Cela m’a aidé

à me poser les bonnes questions sur mon modèle

économique, en insistant sur la dimension

commerçante, et pas seulement sur l’aspect

technologique. C'était primordial.

D'ailleurs, aujourd'hui, je me considère davantage

comme un commerçant passionné que comme

un start-uper d'une plateforme de vente en ligne.

Laura Melloul, 32 ans,

créatrice de Mandalia (Sarcelles - 95)

J'ai fait une école de commerce et un MBA

en ressources humaines. J'ai travaillé dans

des services RH, mais je ne m'y épanouissais pas.

Il y a deux ans, un événement dans ma vie

personnelle m'a convaincue de changer

d'orientation professionnelle. Pour faire quelque

chose qui soit utile et centré sur l'humain.

J'ai alors eu l'idée de créer un lieu dédié

aux femmes touchées par le cancer. Un espace

dans lequel elles sont accueillies, écoutées et

où elles trouvent les produits dont elles ont besoin :

des prothèses mammaires, des perruques,

des turbans, des soutiens-gorge. J'ai décidé

de créer ce centre à Sarcelles, la ville où j'ai grandi

car j'avais envie de m'adresser aux femmes d'ici,

qui sont souvent laissées pour compte. J'ai fait

des recherches sur Internet et j’ai découvert le site

web d'Initiactive 95. J'ai pris rendez-vous, c'était

en septembre 2017. Un an plus tard, le 18 octobre

dernier, Mandalia ouvrait ses portes.